Peindre les monstres qui nous hantent tous, les bons comme les mauvais, ceux qui nous poussent à avancer ou ceux qui nous terrassent.
Biography
Louna Thille (2000) vit et travaille dans les Hautes- Pyrénées. Après un bac professionnel agricole CGEA et une année consacrée aux voyages ainsi qu’à divers stages (menuiserie, soudure, technicien auto puis moto, élevage de chiens du Groenland en Norvège), elle obtient son DNA puis son DNSEP à l’École supérieure d’art et de design des Pyrénées en 2024. Peintre, poète, performeuse et vidéaste, son travail explore la catharsis : la manière de la vivre et de la transmettre. Il aborde également l’enfermement, à travers des personnages souvent torturés, écrasés par le format, et des oiseaux qui ne volent pas. Ses peintures, peuplées de chimères et d’une énergie brute, sont réalisées de façon instinctive et spontanée. L’iconographie du bestiaire médiéval, des légendes et des contes nourrit un univers qu’elle déploie sur divers supports (papier, carton, bois, tissu...). Elle porte un intérêt profond à la montagne et aux êtres qui l’habitent. Dans sa pratique, comme dans sa vie, la figure du chien est récurrente. Vadrouilleuse (Norvège, Belgique, Pays-Bas, Pologne, Slovaquie, Suisse, République tchèque, Finlande), elle crée également au fil de ses carnets de peinture, comme lors de son dernier séjour en Finlande, où l’artiste a passé six mois en tant que musher (conductrice de chiens de traîneaux).
Artistic approach
Je peins des chimères, celles de l’esprit comme celles des livres. Ces formes qui nous habitent et nous guident. Chimères au sens littéral comme figuré. Monstres de l’enfance, projets qui nous meuvent, qui nous dépassent. Je peins ces monstres pour m’en libérer, et pour vous en libérer : voilà le vrai but de ma peinture. Nous sommes tous enfermés par quelque chose, que ce soit la maladie, le deuil, les barrières sociales, culturelles, financières, familiales, une certaine éducation, la religion, les troubles mentaux ou physiques, le handicap, les traumatismes… Les Images. Chimères, car je les peins littéralement ; mais aussi parce que la peinture, en elle-même, est une obsession, une chimère : elle me dévore comme ces monstres dévorent mes personnages. Quand je peins, je cherche l’immonde, la décadence. J’aime ce qui échappe au beau : les coulures, les accidents, tout ce qui ne « va pas ». On m’a souvent dit qu’il y avait dans mon travail quelque chose du « bad painting ». Pas d’arrière-plan, des couches successives, aucun respect des règles traditionnelles de la peinture, une profusion de couleurs, des matériaux hétéroclites — bois, sable, carton, poils, cheveux, os… Ces derniers temps, je ressens le besoin d’explorer davantage la technique elle-même. L’urgence de restitution rythme mon travail. Je veux peindre. Je regarde ce que je peux trouver, un matériau qui serait proche de moi. Et je peins. Tendre une toile, monter un châssis : cela m’ennuie. Il en va de même pour les couleurs : chercher à se rapprocher du réel n’entre pas dans mes intentions. Je prends généralement les couleurs du tube, même si, de plus en plus, je cherche à travailler cette notion aussi. Le cinéma influence mes peintures de façon très indirecte ; ce n’est pas dans la construction du plan qu’il m’inspire, mais par des images, des idées, des phrases, des symboles. Le film me fait vivre par procuration une expérience que je revis différemment durant l’acte de peindre. Violence grotesque, parfois burlesque : si je devais comparer mes peintures au cinéma, je les rapprocherais de Tarantino — graphiques, violentes mais drôles — ou même de Robert Rodriguez, dans cette exagération de soi-même, presque de l’auto-caricature Pour voir mes carnets de peinture. https://www.instagram.com/louna_thille/

