
Solabi Vare
Acerca de
Une note de musique ne dure pas. Elle sonne, elle s'efface. Et pourtant la musique demeure. Ce paradoxe est au cœur de Solabi Vare, l'exposition permanente et vivante qu'Arnaud Quercy installe à Art Quam Anima, au 28 rue du Dragon. Plutôt qu'une présentation figée d'objets achevés, l'exposition se déploie comme une série d'œuvres qui se succèdent telles les notes d'une partition — chacune occupant pleinement son instant, puis laissant la place à la suivante. C'est leur succession, et non leur permanence, qui compose quelque chose de durable. Autant pianiste qu'artiste visuel, Quercy connaît intimement cette tension. Formé au Paris College of Music et finaliste du Concours International Maurice Ravel avant de fonder sa pratique idéamorphique en peinture, il travaille depuis longtemps dans l'espace qui sépare le son de la trace, la note jouée de la couleur qui la prolonge. La note jouée n'existe que dans l'instant de sa résonance ; pourtant, l'œuvre musicale traverse le temps — portée non par la permanence des sons, mais par la mémoire de ceux qui les ont reçus, transformés, faits leurs. Dans la galerie, Solabi Vare donne à cette logique une forme physique et visuelle. Chaque œuvre naît, vieillit et disparaît au moment que Quercy seul décide. La série se poursuit ; le cycle reste ouvert. Ce qui demeure n'est pas la surface d'une pièce particulière, mais ce qu'elle a traversé — les regards qu'elle a rencontrés, les silences qu'elle a tenus, les créations invisibles qu'elle a déclenchées chez chaque visiteur qui s'est tenu devant elle. L'exposition refuse la logique conventionnelle des dates d'ouverture et de clôture. Elle propose à la place un rythme : un tempo intérieur, fixé par l'artiste, qui peut s'accélérer ou ralentir selon les exigences de l'œuvre elle-même. Le titre inventé — Solabi Vare — porte sa propre résonance ancienne, deux syllabes qui s'enchaînent sans résolution : quelque chose qui a passé, et quelque chose qui n'a pas de fin. Lorsque Quercy met fin à une œuvre, ce cycle se clôt et le suivant s'ouvre. Il n'y a ni archive de ce qui fut, ni calendrier de ce qui viendra. Seulement l'œuvre présente, présente jusqu'à ce qu'elle ne le soit plus. L'exposition n'a pas de date de clôture. Elle a un tempo.
